Lycée Blaise Pascal
Projet fédérateur : « Le Flou et le Net »
« Les musiques de notre tradition orale rurale, comme bien d'autres de par le monde, se sont élaborées avec le principe de bourdon.
Le bourdon se rencontre aussi dans de multiples pratiques vocales polyphoniques de traditions orales. (Souvent présenté en occident comme un premier état quasi embryonnaire de la polyphonie, il s'agit en fait, d'une conception « autre » de l'art de produire et d'assembler des sons.)
Si les musiques savantes s'en sont écartées tout au long de leur histoire (même si elles y ont puisé régulièrement), les musiques traditionnelles en ont fait un élément de continuité, objet éternellement présent et disponible.
Pour le chanteur, faire sonner un bourdon, ce n'est pas uniquement chanter une note, c'est aussi poser sa voix de telle façon qu'elle fasse entendre le premier son harmonique audible, à savoir la quinte. Pas une quinte « apprise » au préalable, mais une quinte « entendue » dans le bourdon. C'est à ce prix que l'autre, celui qui tiendra la monodie, pourra sans souci, poser délicatement les différentes notes qui en font l'échelle, car le son unique du bourdon contient tous les autres. Le timbre vocal en cohérence avec la sélection des sons harmoniques, la voix, colorée par la présence de ce fondement incontournable, s'en trouveront modifiés, souvent inconsciemment ».
Evelyne Girardon (interprète de La Pluie tombe sur nous, au programme du baccalauréat 2009-2010)
Ce cours a pour objectif d’aborder la notion de « justesse » en musique. Je voudrais faire évoluer cette notion au départ plutôt subjective (« mon enfant chante faux », entendu souvent lors des réunions de parents…) vers une perception plus objective, c'est-à-dire fondée sur des phénomènes acoustiques.
Mais il faut limiter le champ d’étude de cette notion. En effet, des influences culturelles, historiques et même climatiques font qu’elle n’est pas la même à Bali, en Afrique, ou dans l’Europe occidentale. Nous parlerons ce soir surtout de ce qui se passe en occident.
Dans l’Antiquité (Pythagore, Aristoxène…), et au Moyen âge, la question de la répartition des sons à l’intérieur d’une échelle, censée procurer une sensation d’équilibre, a été une préoccupation des mathématiciens. Tout en cherchant une organisation logique des sons et des intervalles qui les séparent, ils voulaient aussi présenter une vision harmonieuse d’un univers régi par des lois de proportionnalité. Ils sont arrivés, de manière empirique, à déterminer les rapports entre les intervalles d’octave, de quinte, de quarte…, en comparant les longueurs et les périodes vibratoires de cordes tendues.
C’est à la Renaissance que la question est devenue plus cruciale, à cause
- d’une part, du développement des instruments polyphoniques, clavecin, orgue, luth…), pour lesquels on souhaitait entendre des sons comparables, et des accords (groupes de sons) harmonieux.
- d’autre part, de la mise en place progressive du système tonal (Majeur/mineur) qui en s’éloignant des modes ecclésiastiques, a donné naissance à des phénomènes d’attraction entre les notes, et à la possibilité de moduler (passer d’une tonalité à l’autre) ; il fallait donc que les 12 tonalités Majeures et les 12 tonalités mineures existantes soient construites de manière semblable.
A partir du 18ème siècle, les physiciens, les facteurs d’instruments et surtout les compositeurs vont fédérer leurs recherches : le français Jean Philippe Rameau applique « les lois naturelles » aux procédés de composition, Jean Sébastien Bach étudie le fonctionnement des orgues de l’Allemagne du Nord, les accorde et les répare, et compose Das Wohltempiert Klavier (Le Clavier bien tempéré) qui prouve que le tempérament égal, qui va se répandre désormais dans toute l’Europe occidentale, permet bien de donner le même sentiment de justesse à toutes les tonalités. Ce système tempéré a été élaboré par l’allemand Werkmeister en 1691 ; il propose une organisation de la gamme en la divisant en 12 1/2 tons égaux ; ce qui correspond aux touches du clavier d’un piano. Mais ce système, qui servira ensuite à la fabrication et à l’accord de tous les instruments utilisés dans la musique savante, ne respecte plus le phénomène de la résonance naturelle.
En effet, ce qu’avaient tenté de comprendre les mathématiciens de l’époque antique a été clairement démontré en 1700 par le physicien français Joseph Sauveur : un son est en réalité la superposition d’un fondamental, et d’une série d’harmoniques ;
Exemple : La mise en vibration d’une corde grave d’un piano acoustique permet d’entendre les quelques premières harmoniques.
Et l’on constate que dans cette série d’harmoniques la 5te est légèrement plus petite que celle du clavier.
C’est cette petite différence, entre autres, que tentent de corriger les chanteurs, les violonistes, et les musiciens transmettant la musique traditionnelle. Car dans le domaine de la musique traditionnelle, on est resté à l’écart de ces préoccupations acoustiques, et on utilise largement (cela dépasse les limites du monde occidental) le phénomène de la résonance naturelle ; c’est ce que va nous montrer Anne-Lise Foy.
Mise en voix (intervalle de quinte)
Sakura (un exemple de mode asiatique occidentalisé)
Ninina
Seri Sera
La Complainte de Mandrin (avec participation du public).